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INTRODUCTION AU « STRAIN & COUNTERSTRAIN »
Techniques de Lawrence H. Jones


DEFINITION et BASES PHYSIOLOGIQUES

C’est une technique ostéopathique douce et atraumatique dont le but est de traiter les dysfonctions somatiques en plaçant passivement l’articulation puis en la maintenant dans une position telle que les tensions myo-fasciales soient minimales.

On parle aussi parfois de position de confort maximal lorsqu’on fait référence à la méthode de Jones. Pour chaque dysfonction, il existe une technique de correction spécifique.

Le mode d’action passe notamment par la régulation de l’activité des propriocepteurs contenus dans les muscles responsables de la dysfonction.
 


L’OSTEOPATHIE FONCTIONNELLE

L’ostéopathie fonctionnelle comprend plusieurs types de techniques, qui ont  été mises au point par différents ostéopathes américains autour des années 1940. Ces techniques, initialement complètement empiriques, ont des fondements neuro-physiologiques qui ont été mis en évidence ultérieurement dans les années 1975, par Irvin Korr, neurophysiologiste américain qui a beaucoup travaillé sur le concept ostéopathique et auteur de le théorie de la facilitations neuronale.

 Leur plus grande particularité est qu’elles n’utilisent ni la mise en tension, ni la manipulation des tissus pour effectuer la correction des dysfonctions. A l’inverse, le praticien cherche à placer puis à maintenir le sujet dans un positionnement statique particulier, caractérisé par une tension myo-fasciale minimale au niveau de la dysfonction spécifique qu’il présente.

A l’inverse du structurel, il n’y a pas de recherche de barrière motrice.

A côté de Jones, d’autres ostéopathes américains ont également décrit des techniques fonctionnelles personnelles différentes de celles de Jones, mais basés sur des principes proches:

- Chapman, Hoover, Johnston, Mac Laughlin...

Dans ce concept, la dysfonction somatique n’est pas seulement considérée comme ostéo-articulaire, mais également comme neuro-musculaire.




BASES CLINIQUES ET EXPERIMENTALES

genèse de la dysfonction

Dans les années 1940, Jones a déterminé empiriquement que la dysfonction somatique résultait de l’étirement brutal (strain) d’un muscle agoniste. Ce muscle, maintenu dans un premier temps passivement et de manière prolongée en position de relâchement important  a été ensuite étiré brutalement par une tentative de retour trop rapide vers la position neutre, ce qui a généré la dysfonction .  

 En réalité, cette dysfonction est essentiellement liée à l’exagération des réflexes neuro-musculaires spinaux, notamment le réflexe myotatique.  
 La technique de Jones vise à corriger cette hyper-activité inappropriée afin de redonner à l’agoniste un tonus de base ainsi qu’une réactivité réflexe normale.

bases du diagnostic

Sur le plan du diagnostic dysfonctionnel, ce qui est important à retenir, c’est que le spasme musculaire qui sous-tend la dysfonction fait apparaître dans le muscle spasmé un point de tension myo-fascial particulier situé sur la couche myo-fasciale correspondant à l’agoniste et dénommé tender point ( T.P. ) ou point de tension.
 



RAPPEL de NEURO-PHYSIOLOGIE : L’INNERVATION MUSCULAIRE


L’hypothèse de Korr (1975) met en cause la responsabilité du fuseau neuro-musculaire et des terminaisons nerveuses proprioceptives.
Quelques brefs rappels de neuro-physiologie élémentaire sont nécessaires à la compréhension du mécanisme dysfonctionnel et de sa correction.


INNERVATION MOTRICE DU MUSCLE

Il existe deux populations principales de neurones moteurs:

Les motoneurones alpha (Mn alpha) assurent l’innervation motrice du muscle squelettique.

 Ce sont des fibres myélinisées de gros diamètre (10 à 17 microns) et donc à vitesse de conduction rapide. En effet, la vitesse de conduction nerveuse est proportionnelle au diamètre des fibres.

Le Motoneurone gamma (plus fins et deux fois moins nombreux) assure pour sa part l’innervation motrice des fuseaux neuro-musculaires (fibres fusimotrices).

 Ce sont des fibres myélinisées de moins gros diamètre (2 à 8 microns) et donc à vitesse de conduction moins rapide que les Mn alpha.


INNERVATION SENSITIVE DU MUSCLE

L’ensemble des récepteurs sensitifs contenus dans les tendons et les muscles constitue avec les récepteurs articulaires (capsulo-ligamentaires) les organes sensitifs de la proprioception, qui est une modalité sensitive essentielle de l’appareil locomoteur, lui permettant la perception de la position, du déplacement du tronc et des segments de membres et lui permettant en retour l’ajustement postural nécessaire grâce à la vigilance des petits muscles proprioceptifs.

L’étude de la classification des fibres nerveuses sensitives à été réalisée par un physiologiste nommé Lloyd.
    


LE CAS PRINCEPS DE JONES


Il s’agit d’un cas de lombalgie aiguë hyperalgique survenue chez un  homme d’âge moyen, sédentaire, à la suite d’une activité au cours de laquelle il reste en position prolongée (pendant 3/4 d’heure) de flexion antérieure du tronc. Le fait important à noter est que cette séance est interrompue brutalement et que le sujet se redresse brusquement de la position d’antéflexion pour passer en position debout.  Résultat: lombalgie aiguë hyperalgique, avec sensation de blocage lombaire très douloureux et impossibilité de se redresser totalement.
A l’examen, le rachis lombaire est spontanément douloureux, mais la palpation ne révèle aucun point douloureux situé sur au tour du rachis lombaire : absence de douleur provoquée par la pression des épineuses, et absence de toute douleur à la palpation de la face postérieure du rachis lombaire, malgré une douleur spontannée ressentie dans la région lombaire .

 Par contre, fait marquant, Jones retrouve chez ce patient à la palpation de l’abdomen un point douloureux  antérieur, situé en profondeur, dans la région du muscle psoas-iliaque +++.

 Il s’agit d’un point non douloureux spontanément, mais douloureux à la pression, au niveau de la couche myo-fasciale. Ce qui rend ce phénomène  particulier, c’est le fait que le sujet n’a pas conscience de ce point douloureux: celui-ci ne fait pas mal spontanément, les seules douleurs spontanées du patient sont localisées, encore une fois,  sur la face postérieure du rachis.
 
 Afin de traiter ce patient, Jones le positionne et le maintient pendant plusieurs minutes dans une position statique qui permet de faire “taire” le point de tension antérieur, notamment grâce à une importante flexion des hanches qui rend la palpation du point de tension indolore.


PHYSIOPATHOLOGIE DE LA DYSFONCTION


Grâce à ses FNM, le muscle psoas va être sensible à son propre allongement passif, c’est-à-dire au redressement du tronc: l’allongement musculaire va provoquer une activation des FNM. L’intensité des potentiels de décharge véhiculés dans ces fibres sensitives est, comme nous l’avons vu,  proportionnel à l’importance de cet allongement ainsi qu’à sa vitesse .

 Si le psoas a été maintenu préalablement en position de relâchement, de raccourcissement passif de manière prolongée, comme c’est la cas dans notre observation,  les FNM vont dans les premières minutes de cette phase de relâchement avoir des décharges spontanées très faibles puis, les Mn gamma recevant peu d’afférences, vont envoyer peu à peu des influx de plus en plus importants : il y a naissance d’une hyper-activité gamma.

Le traitement par la technique de Jones va consister à tenter de rétablir une meilleure coordination de l’activité des neurones et des récepteurs au niveau de la boucle réflexe.

TECHNIQUE DE TRAITEMENT SELON LA METHODE DE JONES


Pour parvenir à traiter la dysfonction, la technique de Jones adopte trois principes  de base:

1/ identification du Tender Point

 2/ mettre le patient dans une position dite de confort maximum

 3/ retour lent à la position neutre



INDICATION THERAPEUTIQUES DE LA TECHNIQUE DE JONES

La technique de Jones peut être utilisée:

- dans les dysfonctions à prédominance myo-fasciale (tests de mobilité articulaires normaux)

en remplacement du T.G.O. ou des techniques myotensives de MITCHELL, ces dernières complétant  très bien les techniques de Jones, et  pouvant être appliquées aux muscles agonistes et antagonistes (ré-équilibrage).

- dans les dysfonctions mécaniques    (tests de mobilité articulaires perturbés)

      - soit en association avec les techniques structurelles,
     -  soit en remplacement de celles-ci :

  - lorsque le patient refuse la technique structurelle, ce qu’il faut bien sûr savoir comprendre et toujours respecter, afin de ne pas trahir la relation de confiance

  - ou dans les contre-indications de l’ostéopathie structurelle, comme les radiculalgies, les arthroses et ostéoporoses sévères, à condition que la mise en position soit indolore. Là aussi, la règle de la non-douleur est immuable.

 Cela dit, il ne faut pas considérer cette technique comme une panacée et le recours à des techniques non ostéopathiques est souvent nécessaire




CONTRE-INDICATIONS

Les pathologies vasculaires cervicales contre-indiquent bien sûr l’utilisation des techniques cervicales en extension car celles-ci sont susceptibles provoquer des manifestations pathologiques.




APPLICATIONS PRATIQUES

Quelques exemples de points de tension et de positions de correction

Pour le rachis cervico-dorsal











Pour le rachis lombaire (point antérieur)










Pour le rachis lombaire (point postérieur)










Pour le pelvis.





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