THEORIE CRANIO-SACREE
La théorie selon laquelle le crâne subit une mobilité continuelle date de la fin du XIX siècle. William G. SUTHERLAND, élève de Andrew T. STILL à KIRKSVILLE dans le Missouri, avait noté que l’architecture osseuse du crâne humain était conçue de manière à pouvoir bouger. Après avoir expérimenté sur lui puis sur les autres la recherche des mouvements crâniens, il a découvert que la mobilité sacrée était synchronisée avec la mobilité crânienne. Il a établi un modèle qui place le sphénoïde comme clé de voûte des os du crâne.
Depuis, plusieurs ostéopathes, comme H.J.MAGOUN puis J.E.UPLEDGER et V. FRYMANN ont travaillé sur ce concept cranio-sacré.
Pour eux, les sutures ne sont que des articulations entre les os du crâne. Elles persistent tout au long de la vie et elles ont une constitution biseautée constante entre les individus. Le crâne peut être désarticulé par explosion (c’est à dire qu’on le remplit de haricots secs par le foramen magnum et on l’immerge dans l’eau). Par ce procédé, on observe constamment une séparation des sutures et jamais de fracture des os.
Pour Sutherland, un crâne avec une mobilité normale refléterait une bonne santé et un crâne en restriction de mobilité traduirait un traumatisme ou un état de maladie.
ANATOMIE
1. On peut classer les os du crâne en os pairs et impairs.
2. Les os impairs de la ligne centrale sont l’occipital, le sphénoïde, l’ethmoïde, le vomer et le frontal.
3. Les os pairs regroupent les pariétaux, les temporaux, les maxillaires, les malaires, les palatins et les os propres du nez.
Mouvement des os de la ligne centrale.
Le mouvement de la ligne centrale est représenté par une flexion-extension autour d’un axe transversal. Ce mouvement s’exécute au niveau de l’articulation sphéno-basilaire qu’on qualifie de synchondrose (où la liaison se fait entre les 2 os par du cartilage hyalin ; ex : entre la 1er côte et le sternum).(Dans un symphyse, la liaison se fait par un cartilage fibreux).
Lors de la flexion de la synchondrose sphéno-basilaire, le sphénoïde fait une rotation antérieure avec élévation de son corps et un abaissement de ses grandes ailes et de ses apophyses ptérygoïdes. A l’inverse, l’occipital effectue une rotation postérieure avec une élévation de son corps et un abaissement de son écaille et de sa partie condylienne. L’ethmoïde, lui, exécute une rotation opposée à celle du sphénoïde, donc dans le même sens que l’occipital. Le vomer se porte caudalement en suivant la partie antérieure du sphénoïde.
Lors de l’extension de la SSB, les mouvements inverses se produisent.
Tous ses mouvements sont accompagnés par des mouvements rotatoires des os pairs : une rotation externe pendant la flexion et une rotation interne pendant l’extension.
La combinaison de l’ensemble de ces mouvements provoque des modifications du contour du crâne.
En flexion, il y a une augmentation du diamètre transversal, une diminution du diamètre antéro-postérieur et un aplatissement du vertex.
En extension, il y a diminution du diamètre transversal, une augmentation du diamètre antéro-postérieur et le vertex devient proéminent.
Les os de la face sont considérés comme suspendus au frontal.
Leurs mouvements sont sous la dépendance du sphénoïde.
Une dysfonction de la moitié antérieure du crâne, en particulier des os de la face, relate une altération de la fonction du sphénoïde.
De même, une dysfonction de la moitié postérieure du crâne traduit une lésion occipitale.
Les méninges.
La dure-mère s’attache au niveau du foramen magnum et sur les 2 premières vertèbres cervicales puis elle descend le long du canal rachidien où elle est libre de toute insertion jusqu’à son insertion au niveau de la 2ème vertèbre sacrée. Un filum va rejoindre le coccyx. Ces insertions membraneuses permettent de lier le comportement du sacrum au mécanisme cranio-sacré. Le sacrum effectue des mouvements involontaires de nutation-contre-nutation en synchronisation avec les flexions-extensions de la SSB.
Lors de la flexion de la SSB, l’élévation du foramen magnum crée une mise en tension de la dure-mère qui entraîne l’apex du sacrum en antériorité et la base du sacrum en postériorité. Ce mouvement de contre-nutation est appelé flexion cranio-sacrée.
Pendant l’extension de la SSB, le foramen magnum subit un abaissement ce qui diminue la tension transmise par la dure-mère et provoque l’antériorisation de la base sacrée et la postériorisation de l’apex. Ce mouvement de nutation est appelé extension cranio-sacrée.
Les sutures
Les sutures sont des articulations entre les os du crâne de type syndesmose (= l’union entre 2 os s’effectue par l’intermédiaire de tissus conjonctif à fibres collagènes ou élastiques). Il en existe plusieurs types qui sont élaborés spécifiquement pour permettre un type particulier de mouvements entre deux os du crâne.
Au niveau des sutures, on trouve des expansions de la dure-mère et d’autres tissus, en particulier les fibres de Sharpey. L’étude de l’anatomie et de l’histologie des sutures montre que la direction des fibres n’est pas fortuite mais spécifique à chaque suture. Les sutures contiennent également des vaisseaux sanguins avec des nerfs qui assurent leur contrôle vasomoteur. On y trouve aussi des terminaisons nerveuses de types C, non myélinisées, ce qui suggère la possibilité de perception et de transmission de la douleur.
Les méninges du crâne.
Les méninges sont divisées en 3 couches : la pie-mère, l’arachnoïde et la dure-mère.
La couche externe de la dure-mère est en continuité avec le périoste et le crâne. C’est un tissus conjonctif épais et résistant, relativement non élastique qui envoie des prolongements verticaux, la faux du cerveau et la faux du cervelet, qui séparent les hémisphères cérébraux et le cervelet. Elle forme aussi des prolongements relativement horizontaux : la tente du cervelet séparant les hémisphères cérébraux et le cervelet.
La membrane arachnoïde est mince, délicate et vascularisée. Elle est séparée de la dure-mère et de la pie-mère par l’espace sous-dural et l’espace sous-arachnoïdien. Ces espaces sont remplis de liquide.
La pie-mère est la plus interne, hautement vascularisée. Elle suit toutes les circonvolutions du cerveau et de la moelle épinière. Elle fournit le sang.
La faux du cerveau s’insère en avant sur l’apophyse crista gali de l’ethmoïde, sur le frontal, les 2 pariétaux et l’écaille occipitale. Elle contient le sinus longitudinal supérieur au niveau de son insertion osseuse. Au niveau de son bord libre, elle contient le sinus longitudinal inférieur
La tente du cervelet sépare le cerveau du cervelet et s’insère sur le sphénoïde par les apophyses clinoïdes postérieures, l’occipital, les 2 pariétaux et les 2 temporaux sur la crête des pyramides pétreuses. Elle englobe les sinus transverses au niveau de son insertion sur l’écaille occipital. Entre la faux du cervelet et la tente du cervelet, on trouve le sinus droit.
Ces membranes durales sont en tension permanente et donc, l’augmentation de la tension de l’une d’elles demande le relâchement de l’autre et vice versa. Pendant la flexion de la SSB, il y a raccourcissement de la faux du cerveau dû à la bascule du sphénoïde et de l’occipital dans 2 sens opposés. De plus, il y a affaissement de la tente du cervelet par mise en rotation externe des temporaux. Dans l’extension, l’inverse se produit.
Au total, le mouvement cranio-sacré combine une mobilité articulaire et une modification des tensions au sein des membranes. Les insertions membraneuses autour du foramen magnum de l’occipital et sur S2 expliquent la synchronicité entre le mouvement crânien et sacré.
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Le mouvement respiratoire primaire.
En plaçant ses mains sur les parties supérieures et latérales du crâne, l’examinateur éprouve à un moment donné, la sensation d’un élargissement et d’un rétrécissement du crâne. Ce mouvement se produit de 6 à 12 fois par minute. On l’appelle « cranial rythmic impulse ». Sutherland expliquait ce mouvement respiratoire primaire comme la résultante de plusieurs facteurs :
-1) La motilité du cerveau et de la moelle épinière.
Lors d’une intervention chirurgicale, on note que le cerveau semble avoir certains mouvements indépendamment de la respiration ou de la circulation.
Pendant le déroulement, les hémisphères cérébraux diminuent leur dimension antéro postérieure et s’étalent latéralement alors que les os impairs de la ligne centrale vont en flexion et que les os pairs effectuent une rotation externe.
Lors de l’enroulement, les hémisphères cérébraux descendent, les os pairs vont en rotation internes alors que les os impairs de la ligne centrale vont en extension.
- 2) La fluctuation du Liquide Céphalo-Rachidien.
Le L.C.R. est contenu dans la dure-mère et forme ainsi un système hydraulique semi-fermé puisque la dure-mère est imperméable au liquide qu’elle contient.. Il est produit au niveau des plexus choroïdes à l’intérieur des ventricules latéraux et retourne au système veineux par les villosités arachnoïdiennes. Ces corpuscules arachnoïdiens se concentrent pour la plupart dans le sinus veineux longitudinal supérieur mais on les rencontre également en grand nombre dans le système de drainage veineux intracrânien.
On part du principe que la production du LCR est 2 fois plus rapide que sa résorption, et donc que le LCR va atteindre un seuil de pression élevé au bout d’un certain temps. Une fois ce seuil atteint, un mécanisme homéostatique intervient et coupe la production de LCR. La résorption est constante aussi bien pendant la phase de production qu’après le mécanisme d’arrêt.
Donc, quand la production de liquide s’arrête, sa pression va tomber ainsi que diminue son volume à l’intérieur du système hydraulique. Quand le seuil de pression le plus bas est atteint, la production de liquide se remet en route et sa pression remonte.
Cette montée et descente rythmiques de pression du liquide va provoquer un changement de rythme dans l’ensemble de ce système hydraulique semi-fermé.
Le mécanisme de contrôle de la pression de LCR semble se situer dans les sutures. En effet, les fibres collagènes et élastiques des plexus vasculaires et nerveux qui se trouvent à l’intérieur des sutures possèdent un réflexe d’étirement et de compression.
Quand la pression du LCR à l’intérieur du crâne dilate la suture, un réflexe déclenche l’arrêt de production de LCR dans les plexus choroïdes. Puis la pression baissant et les sutures n’étant plus dilatées, elles reviennent à leurs positions initiales, se ferment en compressant leurs terminaisons nerveuses et déclenchent un réflexe pour une reprise de la sécrétion de LCR.
3) La mobilité des membranes intracrâniennes et intraspinales.
La faux du cerveau, la faux du cervelet et la tente du cervelet sont des prolongements de la dure-mère. Elles ont des directions différentes et sont sous tension permanente en s’adaptant les une par rapport aux autres.
Lors de flexion de la symphyse Sphéno-basilaire, la tente du cervelet s’abaisse et la faux du cerveau se raccourcit d’avant en arrière.
4) La mobilité des os du crâne.
Les sutures ont une structure anatomique leur permettant certain mouvements spécifiques. D’autre part, il existe une direction spécifique des fibres collagènes situées dans les sutures. Enfin, les sutures sont solidement attachées à la dure-mère et contiennent des éléments vasculo-nerveux.
Le mouvement respiratoire primaire serait la somme de ces composantes. Il réagit face aux traumatismes, aux maladies, au stress psychologique, aux efforts. physiques et à la respiration. Une inspiration et une expiration forcées peuvent avoir une action sur l’amplitude. Le stress augmente le rythme respiratoire primaire.